L’école des notes m’a brisée

Après quelques jours (plus de deux semaines en fait) de totale démotivation face à mon travail, je me suis posée la question cruciale : pourquoi ? Pourquoi je ne peux pas rester à mon bureau, ouvrir un cours et l’apprendre ? Pourquoi je reste paralysée, vidée de ma vitalité qui me caractérise ? Pourquoi ?

CSC_0706-1600x1200
École, tristesse (espe)

Je suis une feignasse

J’ai cherché des solutions, beaucoup, sur comment retrouver la vitalité, comment être plus sereine, plus heureuse, comment passer à l’action. J’ai cherché sur des sites de développement personnel, sur la confiance en soi, l’estime de soi, la procrastination. J’ai accusé la météo, le ciel gris, les jours qui raccourcissent, mes émotions négatives, mes parents qui me manquent et Chéri qui n’est pas là.

Et puis je me suis fait la réflexion que tous les ans c’est pareil. Sentiment de nullité, je suis une feignasse. Tous les ans c’est pareil.

Tous les ans c’est pareil…

L’an dernier, c’était comme ça.
L’année d’avant, c’était comme ça.
En médecine, c’était comme ça.
L’année du bac, c’était comme ça.
Au collège, c’était comme ça aussi.
A l’école primaire ? Ah non, à l’école primaire ce n’était pas comme ça.

Où sont passés nos rêves d’enfants ?

picbille2012entier

Mais alors, j’étais comment quand j’étais gamine ? Je rentrais de l’école, je prenais mon goûté et je redessinais PicBille. Je jouais à apprendre à compter. Mes parents étaient fiers de moi et devaient même m’arracher la feuille des mains pour que j’aille jouer. Je voulais être architecte, archéologue, vétérinaire, chanteuse. J’ai appris à lire avec Thomas qui traverse la rue, qui regarde à gauche et à droite. Je peignais des dessins. J’avais une trouille horrible de me faire gronder alors j’étais sage. Je rêvais d’un monde qui n’existait pas. J’ai écrit l’histoire de Petit Panda, la peluche que j’avais trouvée sur un trottoir. Je trifouillais sur l’ordi et je trouvais des trucs chouette. Sans jamais le faire planter ! Je me rappelle aussi d’une autre histoire, qui commençait par « Il fait beau, mais il fait froid ». Je voulais être journaliste, écrivain. J’étais tout le temps malade, souvent avant les contrôles. J’ai fait du piano et quand j’ai arrêté de m’y amuser j’ai fait du chant.

Et puis je suis rentrée au collège. J’ai arrêté le chant pour préserver l’école. J’ai eu mes premières notes sérieuses avec moyenne en fin de trimestre. Comparaison, au (à la) meilleur(e), plus nul(le), à la classe. Des notes, il y en a eu à foison. En 6e j’aimais apprendre encore je crois. En 5e il y a eu le latin et les premières heures d’ennui. Je crois que j’ai commencé à arrêté d’aimer apprendre. J’apprenais pour avoir de bonnes notes. Et si par malheur j’en avais une mauvaise, c’était un drame (quand je dis mauvaise c’est 10 ou moins, si j’avais 11 ou 12 je faisais une moue déprimée, 13 j’étais un peu déçue, 14, ah… ouf…). J’ai eu mon brevet avant de le passer. Ma prof de Maths était fière.

Du français, des maths, de l’anglais (plus de 10 ans et pas foutu de parler correctement !), de l’Histoire, des sciences, de la philo… si je devais écrire tout ce que j’ai appris et retenu de la maternelle à la terminale : ça tiendrait amplement sur une copie simple. Toutes ces heures passées assise à apprendre, bête et disciplinée, pourquoi ? Pour devoir reprendre des notions de Bescherelle l’été dernier, ré-apprendre l’histoire dans les châteaux et regarder e-penser. J’ai appris pour des notes, j’ai appris pour faire bien. Je n’ai jamais vraiment appris parce que j’aimais ça. Mais par contre, j’ai toujours aimé comprendre. A la découverte d’un nouveau chapitre, j’aimais élucider un mystère. Le corps de la femme, l’ADN, l’évolution, 14-18, les atomes. A côté de ça, je passais mes mercredis après-midi à chanter. Je repoussais sans cesse l’heure de me mettre aux devoirs, jusqu’à ce que mon père rentre à la maison. Je ne chantais pas très bien, mais il n’y avait personne pour m’écouter, je m’en foutais. J’aimais ça.

Tu dois choisir ton avenir, là, maintenant

Lycée.

« Tu dois choisir ton chemin, là, maintenant, il y a admission post-bac qui t’attend. »

« Mais j’ai 18 ans… J’aimerai juste arrêter d’avoir mal et rêver à l’homme de ma vie. »

« Choisis ! »

« Alors… j’aime bien les enfants… puéricultrice ? »

« C’est pour les nuls, tu as de bonnes notes, tu feras médecine »

J’exagère à peine. Et médecine, j’en ai rêvé. Comment peut-on savoir à cet âge notre destinée ? Quand on est fille d’ouvrier, notre chemin n’est pas d’aller à la fac. On ne m’a jamais appris à apprendre, on ne m’a jamais appris à avoir confiance en moi, on ne m’a jamais appris à connaitre mes talents. Je n’aime pas travailler mes cours, mais je ne le sais même pas. Je pense que ce sont les matières qui ne m’intéressent pas, qu’une fois dans la voie royale, ça ira mieux. Ouai, l’Histoire et les maths c’est nul, vive la biologie humaine.

Mais avant, il y a le bac. Définition :

« le baccalauréat est un diplôme du système éducatif français qui a la double particularité de sanctionner la fin des études secondaires […] »

« Cet examen national comprend neuf à dix épreuves obligatoires »

Source : education.gouv.fr

Résumé : le bac est une punition. C’est logique, après tous les devoirs réalisés (ou pas…).

Et elle fait médecine, masochiste va !

Je ne regretterai jamais ces deux années de médecine. Parce que grâce à elles, j’ai pris le courage de partir dans une autre ville, de prendre mon indépendance (moral plus que financière) et de rencontrer Chéri. Mais qu’est-ce qu’elles m’ont fait souffrir, ces deux années de médecine. Et de médecine, j’ai été dégoutée, dégoutée d’apprendre à en vomir. Deux ans à croire que j’étais une moins que rien, deux ans à pleurer. Rejetée par le système, je suis nulle. Je reste prostrée sur mon lit à attendre que les heures passent… Et mon père, mon père est déçu, je le sens bien… Pardon Papa. Mais au fond, est-ce vrai ?

Je suis bizuth, je suis carrée, je suis une bio… BOUH !

Ah, la bio… qu’est-ce que c’est chiant ! La même chose qu’en médecine étalé sur trois ans, des matières inintéressantes en supplément (mais qu’est-ce que je m’en cogne de la constitution de Pluton, c’est même pas une planète).

Aller, j’exagère. J’ai adoré (certains de) mes cours de végétal (j’ai quand même détesté les « apprendre »), et la biologie moléculaire avec Mme Z. Heureusement qu’elle était là d’ailleurs cette prof. Elle a rendu la dernière année de biologie un peu plus fun. C’est bien le seul cours auquel j’étais enthousiaste d’assister. « On a qui ? » « Mme Z » « Ah, chouette !!! ». Et pour preuve que les supers profs ne peuvent pas exister dans notre système, on lui a sucré son cours après ma promo. Pauvres promos d’après…

Mais la vie ne s’arrête pas à la licence. Ben ouai cocotte, faut continuer encore après, avec une licence de bio en poche, même avec une « mention Bien », tu n’es rien. Rien, nulle, BOUH ! Ah et la bourse au mérite ? Nan mais tu rêves pas là ?

Torture et questionnement… ce sera l’agro-alimentaire. Plus que deux ans… J’ai envie d’y arriver.

Mais plus je monte et plus j’ai peur d’échouer. Et plus j’ai peur, plus je reste figée. Impossible d’apprendre la moindre ligne. « Monter les échelons ». J’ai le vertige. Je passe la première année, loin de ma famille, loin de mon Chéri. La flamme est éteinte, je ne souris plus…

Aujourd’hui il me reste plus que 4 mois et demi de cours. J’ai hâte que tout cela se termine. J’ai hâte de travailler. Même si je sais que ce ne sera pas facile.

Cette prise de conscience est importante. J’ai vingt-quatre ans, à l’école depuis l’âge de trois ans… Vingt ans de ma vie à faire grimper la pression insidieusement, jour après jour. Le pire c’est que j’ai transposé ça à toutes les activités de ma vie, y compris la course à pied. Il en résulte une peur d’échouer à la moindre « compétition » planifiée un peu trop à l’avance. Le moindre grain de sable dans la vie parfaite que je me construis tend à me déprimer… Si je manque une session d’apprentissage,  une séance de course à pied, et même la simple vaisselle du soir (!) : je me sens nulle.

J’ai envie d’aimer apprendre…

De ma scolarité ne me reste que le goût amer du temps perdu. Le temps que je n’ai pas passé à découvrir la nature. Le temps que je n’ai pas créé de mes mains. Le temps que je n’ai pas rêvé à des contrées lointaines. Le temps que je n’ai pas vécu. Le temps que j’ai passé à me mutiler l’âme quand il m’arrivait de laisser échapper des brides de créativité. Oui j’aimais chanter le mercredi après-midi, mais c’était toujours pour mieux me maudire de ne pas avoir travailler.

Mes enfants ne vivrons pas ça…

a_touch_of_color_by_timelessimages
TimelessImages

L’école ailleurs sur le web :

Comment notre éducation a détruit notre créativité

L’école casse-t-elle nos enfants ?

Publicités

Un commentaire

  1. […] Je me suis toujours vu comme une fille qui travaille bien à l’école mais un peu flemmarde quand même. Rester assise des heures pour bosser, c’est bien gentils quelques jours mais à la longue, c’est chiant hein ? Alors je prenais du retard dans mon apprentissage et panique oblige au moment des examens, je n’étais plus foutu d’ouvrir un cours (voir aussi mon article :  l’école des notes m’a brisée) […]

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s